Les canons russes de la Terrasse Dufferin

Lorsqu’on se promène sur la Terrasse Dufferin, l’un des lieux emblématiques de Québec, on peut remarquer plusieurs canons anciens orientés vers le fleuve Saint-Laurent. Parmi eux, certains ne sont pas d’origine britannique ou française, mais bien russe. Comment ces canons russes se sont-ils retrouvés à Québec? L’histoire derrière leur présence est aussi fascinante qu’inattendue.

Un cadeau de l’Empire britannique
Les canons russes que l’on retrouve aujourd’hui sur la Terrasse Dufferin proviennent de la guerre de Crimée (1853-1856), un conflit qui opposait la Russie à une coalition regroupant la Grande-Bretagne, la France, l’Empire ottoman et le royaume de Sardaigne. Après la victoire des alliés, plusieurs pièces d’artillerie russes furent saisies comme trophées de guerre. En guise de commémoration, le gouvernement britannique décida d’offrir certains de ces canons à ses colonies. C’est ainsi que Québec, alors ville fortifiée et stratégiquement importante, reçut ces vestiges de guerre au XIXe siècle.

Des canons britanniques presqu’identiques
À proximité des canons russes se trouvent également des canons britanniques, qui leur ressemblent presque à s’y méprendre. Cette ressemblance s’explique par le fait que les canons russes et britanniques de l’époque étaient fabriqués selon des techniques similaires et répondaient aux mêmes standards d’artillerie lourde du XIXe siècle. En fait, ces canons ont tous été conçus par Charles Gascoyne, un ingénieur britannique spécialisé dans l’artillerie, qui a influencé la fabrication de nombreux canons utilisés par différentes nations, et qui a aussi vendu des canons à la Russie pendant de nombreuses années, au grand déplaisir de la Grande-Bretagne.

Les Britanniques ont même réutilisé certains canons russes capturés en les intégrant dans leurs propres défenses. Les différences entre les canons sont subtiles et résident principalement dans les inscriptions et les symboles gravés sur les pièces d’artillerie. Ainsi, bien que les canons russes et britanniques de la Terrasse Dufferin puissent sembler identiques à première vue, leur origine et leur histoire sont bien distinctes.

Un témoignage de l’histoire militaire
Ces canons rappellent non seulement l’ancienne importance militaire de Québec, mais aussi l’influence de la Grande-Bretagne dans l’histoire canadienne. Ils symbolisent une époque où les relations internationales se matérialisaient aussi par des démonstrations de puissance et des artefacts militaires. Placés sur la Terrasse Dufferin, ces canons offrent aujourd’hui aux visiteurs un aperçu du passé tout en servant d’éléments décoratifs prisés par les amateurs d’histoire et de photographie. Ils constituent un lien direct entre la ville de Québec et les événements européens du XIXe siècle.

Un patrimoine préservé
Grâce aux efforts de conservation du patrimoine, ces canons restent accessibles au public et continuent de fasciner ceux qui s’intéressent à l’histoire militaire et aux échanges culturels entre nations. Leur présence rappelle que Québec, malgré son éloignement des champs de bataille européens, a toujours été influencée par les grands événements internationaux. En observant ces imposants vestiges de bronze et de fer, les visiteurs peuvent ainsi imaginer les récits qu’ils portent en eux, témoins silencieux d’un passé révolu mais toujours présent dans le décor historique de Québec.

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Le Fleuve Saint-Laurent, une partie importante de l’histoire et de la vie de Québec

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